Prévenir le racisme dans le sport : conseils et bonnes pratiques

Les statistiques ne mentent pas : les actes racistes sur les terrains sportifs ne cessent de grimper, malgré la multiplication des règlements et la possibilité pour les arbitres d’arrêter une rencontre dès le premier incident. Pourtant, rares sont les matchs interrompus pour ces raisons. Les fédérations affichent leur volonté de sévir, mais la réalité du terrain rappelle que la lutte contre le racisme dans le sport ne se décrète pas, elle s’organise, s’incarne, et se mesure à l’aune des faits.

Des clubs amateurs jusqu’aux ligues professionnelles, les dispositifs permettant de signaler un comportement raciste existent bel et bien. Mais leur accessibilité et leur efficacité changent du tout au tout selon la taille du club ou la région. Cette disparité laisse s’installer une impression de laisser-faire et désarme celles et ceux qui voudraient s’emparer des outils de prévention.

Le racisme dans le sport : comprendre les formes et les enjeux actuels

On ne peut pas réduire le racisme dans le sport à une succession de débordements ponctuels ou de slogans haineux venus des tribunes. Il s’agit d’un phénomène ancré dans l’histoire, porté par des figures et des signes qui débordent largement le cadre du jeu. Le sport reflète, exacerbe parfois, ce qui travaille la société tout entière : ses préjugés, ses stéréotypes, mais aussi ses combats pour plus d’égalité. L’exemple du podium des Jeux Olympiques de Mexico en 1968 en dit long. Tommie Smith et John Carlos, poings levés, dénoncent publiquement la condition des Afro-Américains. Leur exclusion immédiate et leur engagement auprès des Black Panthers ont fait date, rappelant que le sport n’est jamais neutre.

La France, elle aussi, est concernée. Si le football concentre l’attention, il ne détient pas le monopole du problème. Dès le XIXe siècle, des athlètes comme Arthur Warton ou Marshall Taylor se heurtaient déjà aux barrières raciales. Aujourd’hui, les discriminations revêtent plusieurs formes, que l’étude « Couleur ? Quelle couleur ? » réalisée pour l’UNESCO, a choisi de nommer et d’isoler, notamment dans le football professionnel.

Voici les quatre grandes formes de racisme relevées dans le sport :

  • Racisme institutionnel : il s’inscrit dans les règlements, les structures et les habitudes administratives.
  • Racisme impulsif : il surgit à chaud, au sein même des stades, lors d’une action ou d’un match tendu.
  • Racisme instrumental : il est utilisé sciemment pour fragiliser un adversaire ou perturber une équipe.
  • Racisme idéologique : il se traduit par des discours ou des comportements assumés, parfois relayés par des groupes organisés.

Les recherches de Claire Nicolas en anthropologie ou de Thomas Busset sur le football montrent à quel point ces logiques perdurent. Le sport crée du lien, c’est une évidence, mais il révèle aussi les failles et les tensions de son époque. S’attaquer au racisme dans le sport suppose d’admettre cette pluralité de formes et d’enjeux, pour ensuite mieux agir.

Quels acteurs et organisations s’engagent contre les discriminations sportives ?

La lutte contre le racisme dans le sport ne repose pas sur les épaules d’un seul acteur. C’est un mouvement collectif, porté par des personnalités, des associations et des institutions qui avancent dans le même sens, chacune avec ses outils et ses priorités. Parmi les figures majeures, Lilian Thuram s’impose comme un porte-voix incontournable. Champion du monde 1998, il met sa parole au service de la paix et de la tolérance, donnant à son engagement une portée internationale. Il n’est pas le seul : Geneviève Swedor, ancienne basketteuse, insiste sur la capacité des sportifs à faire évoluer la société. De son côté, la volleyeuse Yiting Cao rappelle que le moindre geste compte pour faire reculer les préjugés.

Les associations jouent aussi un rôle de premier plan. La Fondation Badile Lubamba œuvre pour la jeunesse en République Démocratique du Congo, s’inscrivant dans une démarche liée aux objectifs de développement durable. À l’échelle européenne, le collectif FARE coordonne les actions contre les discriminations dans le football, tandis que « Kick it out » fait figure de référence au Royaume-Uni pour dénoncer les inégalités sur le terrain et en dehors.

Côté institutions, l’engagement se structure. Le Comité Français du Fair Play (CFFP), anciennement AFSVFP, défend un sport débarrassé de toute violence et discrimination. L’UEFA organise la conférence #Equal Game pour promouvoir un football ouvert à tous, appuyée par les propos d’Aleksander Čeferin : « Le football a le pouvoir de balayer toutes les différences ». À Lausanne, le Bureau lausannois pour les immigrés (BLI) organise chaque année une semaine d’actions contre le racisme, attestant que l’engagement se pense autant à l’échelle locale que globale pour encourager l’inclusion.

Outils, ressources et guides pratiques pour sensibiliser clubs et fédérations

Prévenir le racisme dans le sport demande plus qu’un rappel au règlement. Les clubs, en première ligne, peuvent désormais compter sur des guides pratiques et des outils forgés à partir de l’expérience de terrain. L’UNESCO a commandité l’étude « Couleur ? Quelle couleur ? », menée avec le CIES, pour aider éducateurs et dirigeants à reconnaître et à combattre les différentes formes de discrimination.

Le Comité Français du Fair Play (CFFP) publie chaque année un guide détaillant les situations à risque, des scénarios concrets et des pistes de médiation. Ces ressources ne s’adressent pas qu’aux entraîneurs ou arbitres, mais aussi aux jeunes sportifs. Les campagnes #Equal Game de l’UEFA misent sur la pédagogie, avec diffusion de vidéos, ateliers interactifs et témoignages de joueurs pour sensibiliser largement.

Pour agir de façon concrète, plusieurs outils sont à la disposition des clubs et des fédérations :

  • Affiches et supports visuels adaptés aux vestiaires et aux stades, traduits en plusieurs langues pour toucher le plus grand nombre.
  • Fiches réflexes conçues pour les encadrants, afin de réagir immédiatement en cas d’incident.
  • Modules de formation élaborés en partenariat avec les fédérations, incluant des études de cas et des mises en situation.

L’accès à ces ressources se fait via les sites institutionnels, avec des mises à jour régulières pour suivre l’évolution des pratiques. De leur côté, les clubs peuvent s’appuyer sur les recommandations du ministère chargé des Sports, qui encourage la déclaration systématique de tout fait et l’accompagnement des victimes. La sensibilisation ne s’improvise pas : elle avance, patiemment, sur le terrain du dialogue et de la vigilance partagée.

Entraineur et jeunes athletes discutant en salle

Des actions concrètes aux résultats mesurables : témoignages et exemples inspirants

Sur le terrain, la prévention du racisme dans le sport prend corps à travers des actes concrets. À Lausanne, la Semaine d’actions contre le racisme rassemble chaque année clubs amateurs, jeunes sportifs et éducateurs autour d’ateliers, de débats, de matches exempts d’insultes et d’interventions d’anciens internationaux. Cette ville, qui a accueilli les Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2020, s’est imposée comme un laboratoire d’initiatives inclusives. Les effets sont visibles : les incidents signalés diminuent, et les jeunes deviennent à leur tour des ambassadeurs de la sensibilisation.

L’impact des athlètes est décisif. Geneviève Swedor le dit sans détour : « Les sportifs possèdent un potentiel inégalé pour faire avancer les causes sociales. » Yiting Cao, volleyeuse, affirme que chaque mot, chaque geste compte dans le combat contre les discriminations. Cette dynamique franchit les frontières : la Fondation Badile Lubamba, fondée par l’ancien footballeur, agit pour l’éducation et l’inclusion des jeunes en République Démocratique du Congo, en cohérence avec les objectifs de développement durable.

Les résultats sont là : hausse des signalements, nette diminution des propos racistes lors des compétitions locales, montée du dialogue dans les vestiaires. Certains clubs amateurs nomment des référents diversité, tandis que les réseaux sociaux s’allient aux fédérations pour traquer les violences en ligne. Autant d’initiatives qui, mises bout à bout, dessinent les contours d’un sport où chaque coup de sifflet peut aussi être un signal de respect.